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Posté le Samedi 10 septembre 2005 @ 22:45:00
par : OJF
UTMB 2005
UTMB 2005 : 26-28/08
158 km, 8500 m+/8500 m-




Le départ est donné dans le centre-ville de Chamonix (1035 m), le vendredi à 19h. Le parcours emprunte la principale rue commerçante, remplie de spectateurs nous acclamant ou agitant des cloches. Nous quittons l’asphalte pour un chemin coincé entre une falaise et la rivière. Ensuite, nous traversons cette dernière par le barrage des Houches. Le début de la montée au premier col commence dans la bonne humeur (col de Voza, 13ème km, 1653 m). Le chemin serpente en forêt. Les sommets enneigés sont magnifiquement illuminés par le coucher du soleil. Au sommet, la population nous encourage. La descente se fait en file indienne dans la nuit vers Les Contamines (25ème km, 1150 m). Au loin, une guirlande de lampes frontales met en évidence le sentier sur le flanc de la montagne. Il pleut par intermittence. Le chemin amorce la montée vers le second col, celui du Bonhomme, par une voie romaine raide et droite. Le passage près d’une chapelle illuminée brise la monotonie de la nuit. La pente augmente. Je commence à rencontrer quelques difficultés pour progresser. Le chemin devient plus technique en serpentant entre les rochers. J’atteins péniblement, sous la pluie et le froid, le refuge du col de la Croix du Bonhomme (39ème km, 2433 m). La descente approche les 900 mètres de dénivelé négatif. Le sentier devient très boueux et zigzague dans les pâturages. Dans un virage, je finis par tomber. Je repars. Le moral remonte quand même. Nous finissons par arriver aux Chapieux, premier gros centre d’accueil et de ravitaillement (44ème km, 1549 m). Je pensais y dormir une heure après un bon petit repas. Finalement, je n’éprouve pas le besoin d’y rester.

Je repars ragaillardi. La 3ème difficulté se trouve au loin : le col de la Seigne (54ème km, 2516 m). Je marche vite en doublant de nombreux concurrents sur un long faux plat. Le ciel commence à s’éclaircir. Par contre, ma situation va s’assombrir sur le sentier un peu raide et en lacets. Je m’arrête toutes les dizaines de pas : plus de force, plus de souffle… Adieu à mes belles prévisions surréalistes de temps de course de dernière minute ! Je reviens à mon objectif initial et plus réaliste : essayer de mettre moins des 45 heures prévues par les organisateurs. Et ce n’est pas plus évident ! A l’approche du sommet, l’état empire avec un arrêt tous les 3 à 4 pas. Les contrôleurs du col ont vu immédiatement que ça n’allait pas fort. Ils m’ont proposé de m’arrêter un peu. A leur place, j’aurais retiré le dossard du concurrent. Je n’étais plus en état de continuer. Mais, je réussissais à tenir encore debout comme un somnambule. Ce fut le moment le plus dur de cette UTMB. Je n’en étais qu’au 55ème km. Il en restait une centaine. Je ne voulais pas m’arrêter avant le prochain ravitaillement situé en contrebas. Les 2 contrôleurs ont dû me surveiller du regard en se disant : « il va s’écrouler d’une seconde à l’autre ». Mais non ! La situation s’est un peu améliorée dans la descente sur le versant italien. A ce moment, je me donnais peu de chance de terminer vu mon état et les autres cols restant à franchir. Le jour s’est levé avec l’arrêt de la pluie. J’emprunte le chemin 4X4 qui accède au refuge, lieu du prochain ravitaillement. La piste reste large et file droit dans la vallée, vers les restes d’un lac (61ème km, 1970 m) où se jettent deux glaciers. L’endroit est silencieux et magnifique. La dernière montée avant Courmayeur démarre. J’avance tranquillement, en. espérant que tout se passera mieux qu’au précédent col. Le chemin finit par traverser des pâturages et rejoindre l’arête Montfavre (63ème km, 2435 m).

Maintenant, il ne reste plus qu’à descendre jusqu’à Courmayeur, point médian de ravitaillement et d’assistance. La pente devient de plus en plus raide. Je reprends des forces. Passé un refuge, lieu d’un petit ravitaillement, la descente continue à travers la prairie par un chemin poussiéreux en lacets. Après un passage en sous-bois, elle traverse à flanc un grand champ pour emprunter une piste de ski. Dans un virage, elle se poursuit en forêt sur un sentier très raide. Arrivé dans la vallée, je rejoins, par une petite rue pittoresque, le centre des Sports de Dolonne (72ème km, 1190 m) : petit village situé juste en face de Courmayeur. A l’approche de cette base d’accueil, le public nous acclame. Il me reste les deux tiers du temps pour parcourir la deuxième moitié du parcours. La motivation remonte. Mais il reste encore quelques cols à escalader. Je récupère le sac d’assistance pour changer de tenue. J’en profite aussi pour bien manger. L’estomac est même trop rempli. Mais, j’aurai le temps de digérer dans la prochaine montée sénatoriale. Je ne m’arrête toujours pas pour dormir. Je n’ai ni l’envie, ni le temps. C’est reparti pour tenter de rallier la Suisse.

Le prochain objectif se trouve face à moi : la montagne de la Saxe. Je traverse Courmayeur, pour suivre une route étroite et goudronnée qui monte dans la forêt. L’ascension se poursuit par un sentier raide. Je peine calmement pour atteindre le refuge, lieu d’un ravitaillement (77ème km, 1989 m). Le chemin continue à grimper quelques mètres. Il devient plan et serpente à flanc de montagne en passant quelques torrents à gué. La pluie réapparaît. La redescente vers le ravitaillement dans la vallée (89ème km, 1769 m) s’annonce bien boueuse et glissante. La dernière grosse ascension m’attend : celle du grand col Ferret (93ème km, 2537 m). Le chemin grimpe rapidement dans les pâturages. Puis, il tourne sans cesse tout en s’élevant vers les fermes d’alpage abandonnées. Le sentier est constellé de traces de chaussures dans une boue gluante et épaisse,. La progression reste pénible. Je n’en vois pas la fin. Le sommet entr’aperçu n’est qu’un replat avant une autre nouvelle ascension sur une sente détrempée.

Après le véritable sommet, la descente promet d’être rude à travers les alpages. Elle sera longue et boueuse à souhait, pratiquement sans aucune adhérence. Le sentier devient plus étroit, plus raide et bien gorgée d’eau. J’accélère pour rejoindre le prochain point de ravitaillement dans la vallée, avant la tombée de la nuit. Je longe la rivière sur un chemin interminable rejoignant le ravitaillement de La Fouly (102ème km, 1593 m). Je ne m’attarde pas pour me fondre dans la nuit noire. Je suis le balisage sur une piste descendante, entrecoupée de quelques petites montées. Le terrain est recouvert d’une couche d’eau par la pluie incessante. La descente dans la vallée se poursuit avec le bruit de l’écoulement d’une rivière invisible. J’arrive à un petit ravitaillement dans un village endormi (110ème km, 1151 m). La descente continue entre les champs pour atteindre une route nationale.

De l’autre côté, la remontée sur Champex, 2ème grande base d’accueil, commence. Le sentier serpente en longeant une petite rivière. La fatigue me fait ralentir. Je commence à avoir du mal de poser un pied devant l’autre. Je titube un peu, en penchant vers la rivière. Je remarque que les rochers et les pierres du parcours sont gravés de symboles floues et incompréhensibles comme des spirales, des chiffres… Les Suisses décoreraient leurs chemins ! Depuis quelques heures, je pouvais aussi voir des souches sculptées en forme de tête humaine sur le bord du chemin. La végétation prenait la forme d’objets usuels tel un banc, une chaise, une véranda… Je réalise que je suis victime d’hallucinations. J’accélère pour retrouver la civilisation au plus vite. Enfin, j’atteins la route qui conduit à Champex-Lac (116ème km, 1477 m), paisible village situé au tour d’un lac. Le tracé contourne ce dernier pour une redescente sans fin, par un large chemin conduisant à la base d’accueil tant espérée (119ème km, 1391 m). Les deux tiers du parcours viennent d’être effectués. Je peux terminer l’UTMB si j’évite les dernières barrières horaires. Il ne reste plus que deux petites montagnes à gravir. Je récupère le sac d’assistance pour mettre une tenue plus chaude et grignote un peu. J’avais prévu de m’arrêter pour dormir une heure. Mais, je n’en ressens pas le besoin. C’est reparti pour les 40 derniers kilomètres.

Avec un peu d’appréhension, je redémarre seul dans la nuit noire, sous une bonne pluie. La remontée commence tranquillement sur une route forestière. Je retrouve mes souches sculptées et mes rochers gravés. Je n’y prête pas attention et continue déterminé. Après le passage d’une barrière clôturant un pâturage, le chemin se rétrécit et devient très accidenté, tout en montant droit vers les alpages. Puis le pseudo-sentier montant tourne dans tous les sens, entre les rochers. Il traverse plusieurs torrents alimentés par les eaux de pluie. Je ne trouve plus mon chemin dans ce dédale. La lassitude s’installe. Je mets la frontale sur le mode halogène. Alors, le paysage est comme éclairé par un soleil artificiel. C’est un jeu d’enfant pour suivre le balisage. La bagarre reprend de plus belle. Ca continue de monter … 500 m de dénivelé pour à peine 1,5 km ! Le chemin grimpe de façon abrupte puis débouche, par un long sentier en balcon, sur une magnifique prairie d’alpages où se trouve le ravitaillement des fermes de Bovine (126ème km, 1987 m). Il ne reste plus qu’une petite montagne à gravir pour terminer cet UTMB ! Je ne traîne pas. Le ciel commence à s’éclaircir. Je repasse un portail pour basculer sur un chemin caillouteux et boueux, qui descend à flanc de montagne dans une forêt. Le jour est levé. Le parcours alterne les portions plates et descendantes recouvertes de boue bien épaisse. Dans un virage, je perds l’équilibre et finis allongé sur le chemin. Les cinq ou six poursuivants en feront de même à cet endroit. Je repars sans difficulté vers le prochain ravitaillement de Trient (132ème km, 1300 m). Encore une barrière horaire franchie à temps !

L’une des côtes les plus raides du parcours m’attend ! Si je passe cette dernière difficulté, je terminerai ! Le sentier monte en lacets raides sur 700 m jusqu’au chalet des Tseppes (135ème km, 1932 m). Je peine. Mais après plusieurs pauses, je finis par rejoindre le sommet. La redescente en épingles à cheveux sur la frontière franco-suisse commence. Eh si je réussissais à terminer ! La plate-forme du télésiège en contrebas marque le passage en France. La descente se poursuit vers Vallorcine (142ème km, 1260 m), point de ravitaillement et dernière barrière horaire avant celle de l’arrivée. Je sais maintenant que je terminerai. Après une petite pause, je longe la voie ferrée par le chemin des diligences pour rejoindre 100 m plus haut le col des Montets (146ème km, 1461 m). Je me remets à courir. Je mettais promis pendant la course d’effectuer les 10 derniers km en courant. La sente longe la route, puis, s’élargit pour traverser un village et descendre tranquillement vers Argentière, dernier lieu de ravitaillement (149ème km, 1260 m).

Je repars en courant sous les acclamations des personnes croisées sur le parcours. C’est la première fois que je vois autant de monde nous encourager sur une course. Le chemin remonte sur le flanc de la montagne pour surplomber la vallée. Les montées et les descentes alternent dans les cailloux et les racines. Je gère bien ma course. Je double des concurrents qui traînent avant d’attaquer la dernière montée d’une centaine de mètres, en marchant à un très bon rythme. Tout le monde m’encourage sous le soleil. Puis, je descends en courant de la montagne pour pénétrer dans Chamonix (1035 m). Lors de la traversée de l’artère principale, les badauds me soutenaient, m’applaudissaient, m’appelaient par mon prénom…même des gens se levaient des tables des bistros pour m’encourager. Maxi plaisir après maxi bagarre ! Je termine les 158 km et 8500 m+ en 42h38’33’’, 673ème sur 774 arrivants et 1922 partants.

Je n’ai pas trouvé le temps de dormir une seconde lors de la course : levé le vendredi à 6h, 2 siestes de 30 minutes avant le départ de la course à 19h puis plus rien avant une petite sieste le dimanche après l’arrivée. Je n'aurais jamais cru que ce serait possible. Et je n’ai pas été le seul dans ce cas !



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